« Le temps a filé. Je n’ai rien vu passer. Il paraît que dans toute vie vient l’heure du repli. Maintenant, je me cache pour vieillir. Et c’est sur mon lit que je tiens salon. Il n’a ni l’éclat ni le panache d’antan. Mais les invités y sont triés sur le volet et ils m’offrent la délicieuse mélancolie des joies profondes. Cocteau est un habitué de mes draps. Barrès s’y fait de plus en plus rare. Le temps sépare les vieux amants. Je ne me révolte plus contre la fatalité. Je garde ma révolte pour la poésie, c’est le lieu où elle brille et ne ment pas. »
Proust, dont elle était la grande amie, mais aussi Colette et Cocteau la considéraient comme une poétesse de génie. On l’admirait autant qu’elle agaçait. La vibrante et tourmentée Anna de Noailles, figure artistique et mondaine de la Belle Époque, jouissait d’un succès public qui dépassait les frontières. Dans ce roman composé de fragments, elle se remémore, au présent, les visages, les amitiés et les passions qui ont jalonné sa vie.
Barbara Bessy, Au bord du monde assise, Flammarion, 2026
Celine Nieszawer/Flammarion